Analyse approfondie
L’Afrique de l’Ouest est confrontée à une crise sécuritaire multidimensionnelle qui fragilise ses États et ses sociétés. L’expansion des groupes jihadistes depuis le Sahel vers les pays côtiers comme le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire crée un arc d’instabilité. Cette insécurité entrave le développement économique, décourage les investissements et déplace des millions de personnes, tout en exacerbant les tensions communautaires.
Sur le plan politique, la région connaît une vague de coups d’État (Mali, Burkina Faso, Niger, Guinée) qui remet en cause les normes démocratiques et affaiblit la CEDEAO. L’organisation régionale peine à trouver une réponse efficace, tiraillée entre la sanction des juntes et la nécessité du dialogue. Son autorité est contestée par les régimes militaires, qui forment désormais une alliance défensive et se tournent vers d’autres partenaires comme la Russie.
D’un point de vue économique et démographique, le défi est colossal. Malgré une croissance économique souvent robuste, celle-ci ne parvient pas à absorber une jeunesse très nombreuse. La pression sur les ressources, combinée aux effets du changement climatique, alimente les conflits locaux. L’influence de puissances extérieures (Chine, Russie, Turquie) se renforce, modifiant l’équilibre géopolitique traditionnel de la région.
Chiffres et repères
- •Plus de 10 000 morts liés à la violence politique en 2023 dans la région (source : ACLED).
- •La CEDEAO regroupe 15 pays et environ 400 millions d’habitants.
- •Plus de 3,5 millions de personnes déplacées internes au Sahel central (Mali, Burkina, Niger).
- •Âge médian dans la région : environ 18 ans.
Contexte historique
La région a été marquée par la colonisation française et britannique, suivie d’indépendances dans les années 1960. La CEDEAO a été créée en 1975 pour promouvoir l’intégration économique et la stabilité. Les années 1990 ont vu des conflits civils dévastateurs (Liberia, Sierra Leone) et l’émergence de modèles démocratiques. Depuis 2012, la crise sécuritaire a débuté avec l’insurrection jihadiste au nord du Mali, s’étendant progressivement au cœur de la région. Les coups d’État militaires, fréquents dans les décennies passées, avaient semblé reculer avant de connaître un retour spectaculaire depuis 2020.
